Lunedì, 3 Dicembre 2007

LA SOCIÉTÉ N’EXISTE PAS

LA SOCIÉTÉ N’EXISTE PAS
di Alain Giorgetti

On a les politiques que l’on mérite ? Hommes, femmes, actes et élections politiques ne sont jamais que les avatars du destin, d’un éternel et indigeste retour ; une permanence liée par essence au juste comme au bien, écrivait Michel Foucault. Par ailleurs, on voit comment nos élites dirigeantes et gouvernantes ont l’occiput arc-bouté sur les trouvailles-à-grenaille du génie génétique où se ré-arme le fléau antique du fatum. Cette antédiluvienne et avantageuse certitude d’un partage Bien / Mal, Bons / Méchants, Guerre et Paix se retrouve désormais accrochée tel un boulet à la chaîne de l’A.D.N. Il n’y a pas si longtemps, juste avant les grandes conflagrations, on la pensait inscrite en creux dans les zones corticales de Gall ( le génome humain comme résurgence de la phrénologie et comme vaste panoptique biologique ? Il faudra peut-être y revenir…) Car il n’est pas sûr que dans la nébuleuse et ouvrieuse vague scélérate néo-cons qui, depuis une bonne décade déjà nous submerge allègrement, ne gisent pas, atiédis, les faisceaux d’un darwinisme social rampant. Sans revenir ici sur les curieuses et furieuses déclarations estivales de Nicolas Sarkozy relativement à la pédophilie, à l’homosexualité ou au dépistage des anormaux dans les crêches, ce type d’idéologie semble bien être à son aise dans l’analyse présidentielle des événements récents. Selon M. Sarkozy en effet, il n’y aurait pas eu “d’émeutes sociales” à Villiers-le-Bel ( Val d’oise ), mais plutôt des actes volontaires et sporadiques tout uniment dus aux mérites d’une “voyoucratie” — Gustave Flaubert, 1865 (?) — Policiers d’un côté, voyous de l’autre… On connaît la chanson ! Ne vous inquiétez donc pas chers citoyens et dormez tranquilles. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles et le scénario du film était écrit à l’avance, qui est toujours le même : À la fin, je vous le rappelle, toute nimbée de probité candide et de bleu-nuit, la cavalerie arrive au galop pour dissoudre les troubles et avec eux, les Indiens… The End.

Pour cette pensée gouvernante, ici comme ailleurs, partout désormais ne s’ébroueraint plus sur Terre que de purs individus ; de vagues entités solitaires ou à peine grégaires, n’agissant que par elles-mêmes et gérant leurs existences comme de petites entreprises où, en fin d’année, se décomptent pertes et profits ; un monde remplis d’âmes-marchandises. Fors les S.A et les S.A.R.L, la société n’existe pas. Pas de société, c’est-à-dire pas de passé non plus, pas de situation, pas d’historicité ni de généalogie et, finalement, pas de critique historico-politique possible. Circulez ! Y’a rien à voir, rien à comprendre ! ( Car comprendre c’est expliquer et expliquer c’est excuser : Encore un air connu — vicié — de la Droite furibonde.) Comme l’écrit Miguel Benesayag L’individu est ce personnage qui se prétend sans foi ni loi et qui considère comme seul principe valable la recherche de son propre bonheur et de son intérêt. (…) Autrement dit la question n’est pas : comment libérer l’individu du pouvoir ? Mais plutôt : comment nous libérer du pouvoir de l’individu ? Les Indivividus, c’est aussi comme cela que les forces de Police nomment, quelque soient les circonstances, leurs cibles à atteindre. Indiens et Individus même combat ? Cela voudrait donc dire qu’ils sont des semblables, des frères, et qu’au delà des communes et des communautés il y aurait comme qui dirait une société ? Ah ! Là M. le Président on notera comme un légère et lourde contradiction dans les termes non ? Si la société — notre société, nous-mêmes, nous-autres — n’existe pas, ce serait seulement lorsque ça vous arrange alors ? Mais il est vrai que vous ne croyez pas à l’Histoire, et que ce qui vous intéresse c’est de “tourner les pages” ; sans les lire bien sûr ( C.f tout le charabia et le chariot mis avant les bœufs dans l’affaire “repentance” où, d’ailleurs, M. Sarkozy se prend régulièrement les pieds dans le tapis comme lors du fumeux discours de Dakar.) À moins que tout cela ne signifie qu’il y ait plusieurs sociétés ? La ” bonne société ” comme la disaient les romans bourgeois du XIXème siècle, et la mauvaise. La Haute, celle à qui l’on fait des cadeaux fiscaux somptuaires — 3000 foyers qui se voient octroyer, en moyenne, une ristourne de 37000 € chacun — et la chagrine, celle d’en-bas ; celle qui barbotte dans la marre. C’est pourquoi il faut d’emblée abandonner l’hypothèse classique opposant individu et communauté. L’individu est le nom d’un type de communauté, d’un mode de lien social, celui qui est structuré par l’argent et le profit, écrit encore Benasayag. Un modèle, un mythe par ailleurs pregnant dans nos banlieues sous les auspices de l’économie parallèle, par exemple.

Pour Sarkozy et ses vizirs gouvernementaux, rien ne prefigure rien, ni les ferments de la misère, ni ceux de la précarité ni ceux de l’exclusion. Encore moins les éléments récurrents de racisme pourtant régulièrement relevés par les Associations et les O.N.G, ou bien encore les bavures fascisantes d’un certain type de police recensées par L’Observatoire des Libertés Publiques de Maurice Rajfus et Axel Viallet ; notamment la B.A.C, la Brigade Anti Criminalité que les jeunes appellent les cow-boys ou les boîtes de six, en référence aux Nuggets Mc Donald. Preuve qu’un trait d’humour vaut — au moins — dix cocktails Molotov… Pas de société donc, et pas de faits sociaux. Juste des crimes et des criminels. Fermez le ban. Selon M.M Sarkozy et Fillon, les acteurs des violences urbaines doivent être jugés pour ce qu’ils sont : De vulgaires voyous ! Et si l’on ne connaît toujours pas le nombre des victimes chez les insurgés, cent fonctionnaires de police blessés, c’est vrai que c’est impressionant, que c’est grave. Il y a eu “tirs à balles réelles” — en vérité, pour l’heure on aurait retrouvé UNE et une seule cartouche de fusil de chasse ? — Mais bon, nul doute que dans l’ombre, au moment même où nous pérorons, lesdits voyous fidèles adeptes d’internet et de Pif Gadget ne soient en train d’élaborer des missiles sol-sol, des lance-rockets et autres chars Leclerc à propulsion nucléaire… Voyous ! Autrement dit bandits de petits chemins ou, plus exactement, de voies de garage. Il s’agirait d’un stricte problème de police, une question droit commun. Certes, on peut être bien sûr que nul parmi la classe gouvernante ne se risquera jamais à prendre en considération qui sont ces jeunes gens, et ce qu’ils peuvent bien porter derrière eux comme casseroles, comme paradoxes, comme échecs, comme défis et autres vengeances personnelles ou collectives. Toutes choses que, dans les romans, on nomme familièrement des sentiments. Non nous dit M. Sarkozy ! Ce ne sont là que justiciables qui finiront “devant le cour d’Assise”. Se rangeant sous la seule banière pénale, le président-procureur n’hésite pas à procèder “en live” à des dénis manifestes, et son jugement s’arrête là où notre volonté de compréhension commence. Comme l’écrivait Foucault : Peut-être pressent-on ce qu’il y aurait de redoutable à autoriser le droit à intervenir sur les individus en raison de ce qu’ils sont : une terrible société pourrait sortir de là.” Terrible oui, mais pour qui ?

Tout le monde ou presque aura noté à travers le brouillard des reflets médiatiques, qu’en matière ” d’émeutes urbaines “, il s’agit toujours de jeunes “hommes” qui se fâchent et agissent “de nuit”. C’est aussi cela une révolte, une émeute : Des corps ! Des corps rendus visibles et inexpugnables dans le miroir des flammes. Des détails… Peut-être, mais qui ont leur poids lourds de conséquence. Car c’est précisément parmi ce genre de détails que se creusent les abîmes — les vies — sur lesquels M. Sarkozy ne veut résolument pas se pencher. Cependant, tout le monde n’aura peut-être pas noté cet autre détail, cette véritable poutre dans notre œil lorsque, comme en 2005, lesdites émeutes urbaines ont lieu parallélement — perpendiculairement devrait-on dire — à de notoires manifestations éstudiantines… Il y a ceux qui voudraient y être, et ceux qui n’y seront pas… Ceux qui veulent gagner et ceux voués à se perdre… Un camp, puis un autre camp. Tous deux avers et revers d’une même médaille, celle de la persévérance têtue des faits, de la vie quotidienne.. Quant à parler ici du rôle effectif du libéralisme ” sauvage “, de la démission des services de l’État et de la défaite de l’éducation nationale n’y pensons même pas ! Et que l’on ne nous parle pas non plus de ce chômage ” éndémique ” alors que ce sont des sommes proprement pharaoniques qui, depuis trente ans, ont été investies sur ce chantier. Non, c’est juste que c’est comme ça et c’est tout ; et c’est juste ! La justice y veillera nous dit notre Président. Il y a les winners et il y a les losers. Le monde est ainsi fait — lisez la Bible —. L’intelligence, la réussite et la grâce sont conçues comme des dons du Ciel, et même si tout le monde sait qu’elle le sont en vérité par les classes dirigeantes selon le shéma traditionnel d’une notion “par excellence” conservatrice : Le morbide et sacrosaint Héritage… Comme l’écrit Pierre Bourdieu : L’idéologie de la compétence convient très bien pour justifier une opposition qui ressemble un peu à celle des maîtres et des esclaves. Une révolte, aussi minime soit-elle, c’est aussi une forme de convocation ! Un rappel cinglant de ses absences et de ses devoirs fait à l’État. Et tyranie, royauté ou république, un rappel à tout ce qu’il a lâché ; à ses lâchetés

S’agissant de voyous, il ne peut donc s’agir de nous, C.Q.F.D. Et voilà comment l’on pense, en haut. Entre deux verres de champagne demi-sec et deux visites sur ce qu’elle croit être ” le terrain “, la classe gouvernante pense ainsi développer Une certaine idée de la France, quand elle ne fait qu’en affirmer une idée sûre; sûre et certaine d’elle-même, contente de soi. Notre Président n’est-il pas indéniablement un homme de certitudes ? Non Mesdames et Messieurs, mes chers compatriotes ! Toutes ces marges en feu, ces îlots de non-droit qui bourdonnent à nos oreilles ne sont pas la vraie France. On vous le dit, on vous le répète : Il n’y a pas plus de faits sociaux que d’événements historiques. Et compréhension, déconstruction ou action, il n’y a donc aucune raison de faire le moindre effort non plus. C’est que, dans la pensée gouvernante, il ne semble pas y avoir de place pour (re)penser ces questions — voire ces réponses qui nous sont opposées —. On a pu voir par le passé, combien de somnambuliques ministères tels la ” politique de la ville ” ou la “cohésion sociale” y avaient réussi ? Finie la politique sociale nous disent Sarkozy & Coe. Finies les subventions aux associations. D’ailleurs, il n’y a plus d’argent dans les caisses alors. Plus de place mentale pour une quelconque révision de ces attendus de divorce consommés avec les habitants des banlieues et leurs voix au chapitre. Le devoir d’ingérence, le devoir de précaution c’est juste bon pour les antipodes et leurs trous dans la couche d’ozone. Les nids-de-poule, les fissures, les crevasses et les abîmes de la Zone… Mettons que ce sera pour un autre siècle. Peut-on encore dire, paraphrasant Jacques Rancière, que le populaire et en lui, la banlieue, est encore et toujours irréductible à ses seules pratiques, à ses comportements ou ses violences et que, c’est aussi une pensée ; une dimension unique de la réalité. Il est vrai qu’il demeure plus simple, plus rapide pour exercer le pouvoir, de considérer qu’il n’y a pas de société mais seulement des corps impurs, de sales individus allant jusqu’à s’agglomérer en bandes sauvages et armées bref : En une Voyoucratie juste bonne à nettoyer ! Une entité noire contre laquelle pourra enfin s’exercer la guerre, la toute puissance de l’État. Selon Sarkozy & Coe, il n’y a pas de causes mais seulement des effets, des faits négatifs et sans circonstances. Il n’y a rien “derrière” tout ça nous dit-on ! Rien que de petites frappes locales voire de pseudo-mafias défendant d’infimes territoires. Des conclusions le plus souvent immédiates et sans appel ; faites “à show”, en pleine contradiction avec la prévention judiciaire mais surtout, avec une certaine éthique politique.

Pour les militants de ce type de gouvernance néo-cons gavée aux sondages d’opinion, aux effets d’annonce et à la manipulation médiatique, l’horizon d’attente a pour nom : Le Chiffre ! Un vaste et gris désert dans lequel on peut dire et faire dire n’importe quoi, faire croître des plantes vénéneuses et s’y égarer des foules entières… Les forces policières n’étant plus que les greffiers plus ou moins zélés — il faut dire ici que certains syndicalistes s’opposent — d’une économie des phénomènes devant ” faire du chiffre”, elles sont aussi le plus sûr moyen de faire l’économie du politique en cantonnant l’action à une stricte et stérile comptablité de boutique. C’est pourquoi régulièrement, Ministres et Président le leur répètent ad nauseam, étouffant dans l’œuf toute réponse sociale possible. Le refus majeur et pathologique de cette classe gouvernante, c’est l’impossibilité d’établir un constat. C’est la fuite en avant après l’accident. Un délit en forme de déni. Elle ne manifeste que l’impossible volonté de répondre au réel par une politique multilattérale, indispensable et criante de vérité, seul pendant crédible au regard de tout dispositif sécuritaire. La seule réponse de M. Sarkozy et de ses vizirs sera donc l’intensification des mesures de police et de répression. Encore une fois, dès que les Indiens voudront sortir de leur réserve, on fera donner la cavalerie… Et en réponse aux violences et bavures policières, on enverra donc la police — logique —. C’est vrai que c’est plus simple, plus rapide plus, expéditif. Pourtant, comme le dit Pierangelo di Vittorio la démocratie c’est la nuance. La démocratie M. le Président, ce n’est pas la loi du Talion. Mais peu importent à nos classes gouvernantes les épais rapports de l’Observatoire National des Inégalités et leurs conclusions programmatiques ; pas plus les travaux au long cours de Robert Castel, Gérard Noiriel, Laurent Mucchieli ou Thomas sauvadet par exemple… Les recherches et les idées nuancées n’intéressent pas les féaux du simplisme à la française. Dommage, cette communauté-là qui n’aime rien tant que les chiffres ferait bonne pioche de cet autre côté du manche. Mais c’est oublier qu’ils ne convergeraient guère avec les leurs… Non ! Voyez-vous Mesdames et Messieurs — mes chers compatriotes —, ce qui intéresse Sarkozy & Coe ce serait plutôt la tolérance zéro, la pénalisation systématique, la fermeture des commissariats et des tribunaux de proximité et puis, dans la foulée, la construction de nouvelles prisons. Quand le bâtiment va, tout va… n’est-ce pas ? Ouvrez une bibliothèque et vous fermerez une prison, disait l’oncle Victor ! Il n’y a pas de raison pour que l’inverse soit faux. De fait, il est plus aisé comme l’écrit Robert Castel, de continuer à creuser une contradiction entre l’exercice d’une autorité sans faille en restaurant la figure de l’État gendarme pour assurer la sécurité civile, et un laxisme face aux conséquences d’un libéralisme économique qui alimente l’insécurité sociale.

Les jeunes de banlieues — c’est drôle, à l’époque où nos cités regorgeaient de blanches et bonnes petites familles de fourmis européennes catholiques et ouvrieuses on disait volontiers les “banlieusards” voire, plus loin encore, les “faubouriens” ? Les mots se dissolvent avec l’intérêt qu’on leur porte —, ne sont pas “des victimes” de la société déclare notre Président. Ce sont des voyous, et puis c’est tout. Il s’agit d’une évidence, elle ne se discute donc pas. ( C’est d’ailleurs là un des principaux vecteurs de sa politique communicationnelle et compassionnelle : Nous servir des salades comme des évidences. Il faudra peut-être y revenir ? ) Mais nous, nous savons bien que, en soulevant la moindre des évidences, en retournant la moindre de ces grosses pierres polies dont nos routes sont jonchées il n’est pas rare que l’on en fasse jaillir une horde de cloportes. Vous avez dit Voyous ! Mais voyons donc, ne vouliez-vous pas simplement dire vermines M. le Président ? Vous savez bien : Ces rebus de la collectivité remisés à ses bans, ces véritables déchets de l’État Nation et de la Grand’Ville dont au loin, là-bas, brillent les mille feux… Finalement, il n’y a rien d’étonnant à tout ce discours puisque, naguère — et déjà — sinistre ministre de l’intérieur, le pétulant Sarkozy avait souhaité nettoyer le problème : “au Karcher”. Magnfique lavement de mains ponce-pilatien. Simplification encore et toujours, mais à outrance. Une sorte de négationisme à grandes eaux. Un nettoyage sans éthique. Dans Il Faut défendre la société, Michel Foucault écrit qu’Il faudrait essayer d’étudier le pouvoir non pas à partir des termes primitifs de la relation, mais à partir de la relation elle-même en tant que c’est elle qui détermine les éléments sur lesquels elle porte : plutôt que de demander à des sujets idéaux ce qu’ils ont pu céder d’eux-mêmes ou de leurs pouvoirs pour se laisser assujettir, il faut chercher comment les relations d’assujettissement peuvent fabriquer les sujets.” Puisqu’on vous dit qu’il n’y a pas d’ex-pli-ca-tion…

Pardon M. le Président, à défaut d’explication juste une petite question en passant que nous autres, qui sommes des millions à ne pas avoir voté pour vous nous nous posons néanmoins : De quoi parle-t-on, au juste, dans cette affaire et depuis deux ans maintenant ? Quelles sont-elles dans les faits, ces fameuses violences, et après quoi en ont-ils, exactement, tous ces voyous notoires dont, du reste, nul ne sait jamais rien ? Voyons donc un peu et par ordre de priorité — à droite — , les cibles précises de cette engeance criminelle sans pouvoir :

1- Les forces de police ( gendarmes, policiers et pompiers ) : Non-relation, échec puis défi envers l’État, ses abus de pouvoir et ses bavures à répétition

2- Les institutions scolaires ( écoles, bibliothèques, C.D.I ) : Non-relation, échec puis défi envers l’éducation nationale et sa partialité géographique

3- Les structures de transport ( publiques et privées ) : Non-relation, échec puis défi envers les séductions refusées par la Ville

4- Les journalistes ( surtout télévisés ) : Non-relation, échec puis défi envers des forces médiatiques perçues comme partiales et manichéennes.

En prenant bêtement ces quatre éléments comme points cardinaux, on verrait sans peine se pojeter sur nos murs, l’ombre portée d’autant d’arcs-boutants en ruines. Entre autres structures, les restes de ce qu’il faut bien appeler une société moderne, une démocratie en perdition.

Il y a en France — comme ailleurs, car nous n’avons certes pas le monopole de l’incurie, comme l’ont récemment démontré, toutes proportions gardées, de similaires événements en Espagne, aux Pays-Bas, au Danemark et même, le mois dernier, en Belgique — des chantiers sociaux qui font peur aux classes dirigeantes parce que, précisément, ce ne sont pas des faits divers mais des cris. Bavure policière ou pas, émeute ou pas il faut toujours se demander à qui le crime profite le plus. On sait bien et depuis longtemps, que comme le dit Calogero au Comte dans Le Guépard : Il faut que tout change pour que rien ne change. M. Sarkozy et ses vizirs ne sont que les vibrionnants représentants du perpétuel conflit entretenu par les puissants contre les faibles et dont, malheureusement, on ne parvient pas à sortir. En l’occurrence, une politique tissée de fausse proximité et de vrai mépris, de vrai néo-libéralisme et fausses libertés, de paix fausse et de guerre vraie ; brave continuation de la guerre par d’autres moyens. On a les politiques, et aussi les guerres qu’on mérite.

Jolis petits voyous encapuchonnés tels des moines trappistes, voyez un peu comment, du haut de la pyramide sociale, la classe gouvernante se plait à ne pas pouvoir, à ne pas savoir vous aider ni vous comprendre. C’est que, voyez-vous, elle ne vous aime guère même si elle vous chérit. Et ce n’est pas paradoxal ! Voyez comme, immanquablement, leur servent tous ces excès, qui alimentent les leurs. C’est peut-être vrai finalement, que les choses soient bien faites et que tout soit pour le mieux mais dans le ” pire ” des mondes possibles. Une chose est encore plus sûre : C’est qu’ils ne feront rien. L’avenir est trop clair. Ils sont persuadés qu’il n’y a rien à faire et que, de toutes les façons, c’est trop tard pour vous. Tout est déjà joué. On ne soigne pas des gens qui ne peuvent être guéris. À quoi bon ? Oui. Bagages et langages nous avons bel et bien les politiques que nous méritons. Mais du coup, attention ! Cela implique que nous ayons également les violences policières, les violences symboliques et les injustices sociales que nous méritons, et donc que ce soit votre propre politique M. Sarkozy qui, ne datant pas d’hier, suscite lesdites émeutes, lesdits blessés, lesdits tirs à balles réelles et ladite violence voyoucrate. Puisque la société n’existe pas, qu’il n’y a pas de hasard non plus souffrez que le destin de nos banlieues gise, nu et entier, dans le filigrane de vos propres gènes. Nous avons compris le message, et vos augures en lâcheront encore de vils corbeaux en forme de commentaires “sur le terrain”. Les merdeux foutent la merde et les emmerdeurs nous emmerdent. Il n’y a plus qu’à tirer la chasse par-dessus, c’est tout. Une bonne purge, voilà ce dont les marches du royaume ont besoin. Un remède de cheval. Une politique policière en forme de lavement. Outre ses menotes, flash-ball et arme à feu chaque policier sera désormais réglementairement muni d’un Karcher ou, au pire, d’un clystère d’extase. Assumez-le donc votre destin merdique dites-vous M. le Président. O.K ! C’est-à-dire que vous et votre classe gouvernante vous chargerez du reste, assouvissant votre infini désir d’assainissement… Amen. Chers, très chers et très précieux petits sauvageons. Vous pensiez être dans la merde et — braves petits Français férus de jacqueries d’indignations et autres barricades — vous nous le criiez sur les voies publiques en balançant des bouteilles à la mer, en convoquant l’État là où il a disparu. Allons allons ! En vérité on vous le dit : C’est vous, la merde.

Fermez le ban.