Discorso di N. Sarkozy sotto osservazione
UN DISCORSO DA “STUDIARE”
Su invito di alcuni cuginetti d’oltralpe, pubblichiamo un discorso elettorale di Nicolas Sarkozy, neopresidente della repubblica francese. Merita di essere osservato, studiato, discusso… è tempo di action!Â
chers amis,Â
C’est ici en Languedoc que finit cette campagne qui fut longue, qui fut rude, qui fut passionnĂ©e, et dont tous les Français ont senti Ă quel point elle Ă©tait importante, Ă quel point elle Ă©tait lourde de consĂ©quences. Tous ont eu ce pressentiment que ce qui allait se passer serait dĂ©cisif, que cela ne pouvait pas se passer sans eux, que trop de rendez-vous avaient Ă©tĂ© manquĂ©s dans le passĂ©, que trop de choix avaient Ă©tĂ© diffĂ©rĂ©s, que trop de retards avaient Ă©tĂ© accumulĂ©s et que maintenant la France avait trop attendu, qu’elle ne pouvait plus attendre, qu’elle ne pouvait plus en rester lĂ . Et le peuple qui ne disait plus rien, le peuple qui gardait pour lui sa dĂ©ception et sa colère, le peuple qui Ă©tait dĂ©couragĂ©, qui n’allait plus voter que par devoir ou qui s’abstenait de plus en plus, le peuple s’est levĂ©, le peuple a repris la parole, il a dit : « Je ne laisserai personne dĂ©cider Ă ma place ».Â
Dans ce Languedoc oĂą tant de peuples et de religions se sont affrontĂ©s et mĂŞlĂ©s les uns aux autres, oĂą dans les luttes qui furent si fĂ©roces et les passions si vives, s’est forgĂ© un caractère vigoureux, prompt Ă s’opposer, prompt Ă dĂ©fendre ses libertĂ©s. Michelet disait : « C’est une bien vieille terre que ce Languedoc. Vous y trouverez partout les ruines sous les ruines, les Camisards sur les Albigeois, les Sarrasins sur les Goths, sous ceux-ci les Romains, les Ibères ». Dans cette bien vieille terre, oĂą s’entassent les ruines, les peuples, les histoires, dans cette vieille terre ravagĂ©e par la Croisade des Albigeois, les guerres de religions, les invasions, Dans cette bien vieille terre, oĂą se mĂ©langent depuis si longtemps les souvenirs des morts et les espoirs des vivants, Dans cette bien vieille terre, oĂą l’on prie, oĂą l’on se bat, oĂą l’on travaille depuis tant de siècles,Â
On sait ce qu’est l’élan d’un peuple qui se lève, ce qu’est la puissance d’un peuple qui a toujours refusĂ© d’être esclave et qui sait dire non, non au renoncement, non Ă la fatalitĂ©, non Ă tout ce qui peut l’asservir. C’est ici sur cette terre charnelle qui a connu tant de violence et de tragĂ©dies que j’ai voulu aller jusqu’au bout de cette vague populaire qui depuis de semaines monte des profondeurs du pays et porte en elle un immense espoir de renouveau. C’est ici dans Montpellier que je suis venu pour la dernière fois dans cette campagne Ă la rencontre de ce peuple français dont j’ai appris Ă partager les joies et les peines, et qui dans trois jours dĂ©cidera de son destin.Â
Depuis 4 mois, depuis ce 14 janvier oĂą Ă la Porte de Versailles j’ai dit Ă mes amis que je devais aller Ă la rencontre des Français, mĂŞme de ceux qui n’avaient jamais Ă©tĂ© mes amis, ceux qui n’avaient jamais appartenu Ă la mĂŞme famille politique que moi, ceux qui n’avaient jamais votĂ© pour moi, ceux qui m’avaient combattu, depuis qu’a commencĂ© Ă se crĂ©er entre les Français et moi ce lien profond qui s’établit dans une campagne prĂ©sidentielle entre le peuple et celui qui aspire Ă devenir l’homme de la nation, la France a cessĂ© pour moi de n’être qu’une idĂ©e pour devenir presque une personne qui souffre et qui espère, qui a des sentiments, qui a des valeurs, qui a une identitĂ©. La France, c’est une multitude de petits pays, de cultures, de croyances, d’histoires, de destinĂ©es qui se sont mĂ©langĂ©es qui se sont fondus en une seule. C’est une multitude de volontĂ©s individuelles qui se sont unies pour en faire une. La France a une âme, un caractère, une sensibilitĂ©. Pendant ces 4 mois je suis retournĂ© sur tous ces lieux qui pour moi et pour tous les Français ont toujours symbolisĂ© la France parce qu’ils incarnent tous une part mystĂ©rieuse d’elle-mĂŞme. Je suis retournĂ© sur tous ces lieux sacrĂ©s oĂą j’étais dĂ©jĂ allĂ© jadis sans ressentir cette Ă©motion que j’ai ressentie au cours des dernières semaines au Mont Saint-Michel, Ă Verdun ou Ă Colombey, en pensant Ă la France.Â
Pour la première fois de ma vie je me suis senti proche des moines qui avaient dĂ©fiĂ© l’ocĂ©an et le sable pour adresser Ă Dieu l’une des plus belles prières que les hommes aient jamais adressĂ© au Ciel, et je me suis senti partie prenante dans cette prière venue du fond des âges, et j’ai senti que dans cette flèche de pierre dressĂ©e vers le Ciel, comme dans les flèches de toutes les cathĂ©drales, il y avait l’âme de la France. Pour la première fois de ma vie en retournant Ă Verdun je n’ai pas regardĂ© le champ de bataille, les croix blanches du cimetière alignĂ©es Ă l’infini et l’ossuaire de Douaumont comme on regarde un lieu chargĂ© d’histoire, je n’ai pas cherchĂ© Ă imaginer ce qu’avaient Ă©tĂ© ces batailles terribles, mais j’ai ressenti ce qu’avait pu ĂŞtre l’horreur de ces affrontements, leur dimension tragique, j’ai senti tout le malheur, toute la douleur qui s’était concentrĂ©e au-dessus de ces milliers de tombes de ces milliers de morts dont les corps Ă©taient tellement dĂ©chiquetĂ©s qu’ils n’avaient plus de noms et dont beaucoup ne furent jamais retrouvĂ©s parce qu’ils avaient Ă©tĂ© engloutis dans la boue, et j’ai senti que dans ce malheur, dans cette douleur il y avait l’âme de la France.Â
A Colombey oĂą j’étais allĂ© si souvent depuis 30 ans j’ai eu l’impression que je venais pour la première fois. Dans ce petit cimetière pareil au cimetière de tant de nos villages, lorsque je me suis recueilli seul devant l’humble tombe du GĂ©nĂ©ral De Gaulle, j’ai senti que dans ce petit village Ă©tait l’âme de la France. Sur les plages du dĂ©barquement, j’ai senti l’âme de la France. A Rouen oĂą Jeanne fut menĂ©e au bĂ»cher, j’ai senti l’âme de la France. A Toulon, Ă Nice, Ă Bordeaux, Ă Nantes, Ă Tours, Ă Poitiers, Ă Saint-Quentin, Ă Clermont-Ferrand, Ă Lille, Ă Strasbourg, Ă Lyon, Ă Toulouse, Ă Nice, Ă Marseille j’ai senti l’âme de la France. A NĂ®mes oĂą il y a un an, certains d’entre vous s’en souviennent peut-ĂŞtre, j’ai prononcĂ© mon premier discours sur la France et en me souvenant des camisards et des persĂ©cutions, des femmes protestantes enfermĂ©es dans la Tour de Constance Ă Aigues-Mortes sur l’ordre de Louis XIV, en me souvenant de toute cette souffrance, j’ai senti Ă travers cette ancienne souffrance, qui ne s’est jamais Ă©teinte, souffler l’âme de la France. Dans les campagnes avec les paysans, Ă Châteauneuf-du-Pape avec les viticulteurs, dans les laboratoires, dans les Ă©coles, dans les hĂ´pitaux, dans les maisons de retraite, Ă Lorient avec les pĂŞcheurs, dans les Ardennes avec les ouvriers, partout oĂą je suis allĂ© Ă la rencontre des Français, Ă la rencontre de la France, Ă la rencontre de son passĂ©, de son prĂ©sent, de son avenir, j’ai senti l’âme de la France.Â
A Montpellier, oĂą rĂ´dent encore les ombres de Rabelais et de Jean Moulin, je sens l’âme de la France, je sens sa vitalitĂ©, je sens sa jeunesse, je sens son Ă©nergie, je sens son espĂ©rance. Si près de Sète et de son cimetière marin où : « Midi le juste y compose de feu La mer, la mer, toujours recommencĂ©e (…) Fragment terrestre offert Ă la lumière (…) ComposĂ© d’or, de pierres et d’arbres sombres La mer fidèle, y dort sur mes tombeaux ! » Je me souviens des poèmes que l’on m’apprenait dans ma jeunesse et qui exprimaient l’âme mĂŞme de la France. La France, tout au long de cette campagne, elle ne m’a pas quittĂ©. Quel que soit le sujet dont j’ai parlĂ©, je n’ai parlĂ© que d’elle. Je n’ai pensĂ© qu’à elle. Je n’ai fait campagne que pour elle. C’est ce que les Français attendaient ; qu’on leur parle de la France. C’est ce que les Français demandaient : qu’on leur explique ce que l’on voulait faire pour la France. C’est ce que les Français espĂ©raient : que la France revienne au cĹ“ur de la politique, qu’on leur dise ce qu’elle allait devenir, comment elle pouvait continuer d’exister, comment elle pouvait garder son âme.Â
Car cela faisait bien longtemps que l’on ne parlait plus de la France. Cela faisait bien longtemps, depuis mai 68, que la nation n’était plus Ă la mode. Progressivement, elle avait fini par ne plus avoir aucune place en politique. On avait enseignĂ© Ă la dĂ©nigrer, Ă la dĂ©tester, Ă la haĂŻr. Il y avait la repentance qui demandait aux fils d’expier les fautes supposĂ©es de leurs pères et mĂŞme de leurs aĂŻeux ou de leurs ancĂŞtres. Il fallait expier l’histoire de France, il fallait expier les Croisades, les rĂ©volutions, les guerres, la colonisation. Tout, il fallait tout expier. En mettant Ă vif les mĂ©moires blessĂ©es, en cultivant la rancĹ“ur par une surenchère dans le culte des origines, en manipulant Ă des fins politiciennes la souffrance et les frustrations par ailleurs bien rĂ©elles, on ne rĂ©colte pas la fraternitĂ© mais la violence et la haine. La France ne s’est pas bâtie sur l’oubli. Nul n’a oubliĂ© les peines, les souffrances et les malheurs. Felix EbouĂ© gouverneur des colonies et premier rĂ©sistant de la France d’Outre Mer n’avait jamais oubliĂ© qu’il Ă©tait le petit fils d’un esclave noir de Guyane. A BĂ©ziers, Ă Carcassonne, dans l’Ariège nul n’a oubliĂ© la croisade des Albigeois, Simon de Montfort et les lĂ©gats du Pape criant : « tuez-les tous, Dieu reconnaĂ®tra les siens ! » Les protestants des CĂ©vennes n’ont pas oubliĂ© les persĂ©cutions. Les vendĂ©ens n’ont pas oubliĂ© les colonnes infernales. Les rĂ©publicains espagnols qu’on a parquĂ©s dans des camps n’ont rien oubliĂ©. Les enfants juifs qui ont vu leurs parents conduits au Vel d’Hiv par la police de Vichy n’ont rien oubliĂ©. Non, nul n’a rien oubliĂ© des peines, des souffrances et des malheurs mais pour tous l’amour de la France a Ă©tĂ© le plus fort et d’autant plus fort qu’il Ă©tait fait de douleurs surmontĂ©es. La France ce n’est pas l’oubli de ce que l’on est, c’est la foi dans un destin commun plus forte que la haine et la vengeance. A Aigues-Mortes les femmes protestantes enfermĂ©es dans la Tour de Constance ont gravĂ© sur les murs de leur prison « RĂ©sister », aucune d’ente elles n’a Ă©crit « mort Ă la France » comme on le voit aujourd’hui sur certains murs. On ne bâtira rien sur la haine, ni la haine des autres ni la haine de soi. A Marseille, j’ai dit Ă la jeunesse française : « La France est votre pays et vous n’en avez pas d’autre, mĂŞme si vos parents ou vos grands-parents sont venus d’ailleurs. La haĂŻr c’est vous haĂŻr vous-mĂŞmes. La France est Ă vous. Elle est votre hĂ©ritage. Votre bien commun. Ne lui demandez pas d’expier ses fautes. Ne demandez pas aux enfants de se repentir des fautes des pères. » En 1962 le GĂ©nĂ©ral de Gaulle a dit Ă Adenauer : « De tant de sang et de larmes, rien ne doit ĂŞtre oubliĂ© mais, chacune renonçant Ă dominer l’autre, la France et l’Allemagne ont discernĂ© ensemble quel Ă©tait leur devoir commun ». Il ne lui a pas dit : « Expiez d’abord, nous verrons après ! ». Et Ă la jeunesse allemande il n’a pas dit : « vous ĂŞtes coupable des crimes de vos pères ». Il lui a dit : « je vous fĂ©licite d’être de jeunes Allemands, c’est-Ă -dire les enfants d’un grand peuple qui parfois, au cours de son histoire, a commis de grandes fautes ». Aux peuples de nos anciennes colonies nous devons offrir non l’expiation mais la fraternitĂ© et Ă tous ceux, d’oĂą qu’ils viennent, qui veulent devenir Français la libertĂ© et l’égalitĂ©.Â
Alors, c’est vrai, il y a dans notre histoire des erreurs, des fautes, des crimes, comme dans toutes les histoires de tous les pays. Mais nous n’avons pas Ă rougir de l’histoire de France. La France n’a pas commis de gĂ©nocide, elle n’a pas inventĂ© la solution finale. Elle est le pays qui a le plus fait pour la libertĂ© du monde. Elle est le pays qui a le plus fait rayonner les valeurs de libertĂ©, de tolĂ©rance, d’humanisme. Nous pouvons ĂŞtre fiers de notre pays, de ce qu’il a apportĂ© Ă la civilisation universelle, Ă l’idĂ©e d’humanitĂ©. Nous pouvons ĂŞtre fiers d’être les enfants d’un pays de libertĂ© et de dĂ©mocratie. Nous pouvons ĂŞtre fiers d’être les enfants de la patrie des Droits de l’Homme. Et nous pouvons lĂ©gitimement faire partager cette fiertĂ© Ă nos propres enfants. Nous pouvons leur raconter l’histoire de France sans rougir. Nous pouvons leur raconter que tous les Français pendant la guerre n’étaient pas pĂ©tainistes, qu’il y avait aussi des Français qui se battaient dans les maquis, qu’il y avait des Français qui risquaient leur vie dans la RĂ©sistance, qu’il y avait des Français qui se battaient dans les rangs de la France libre, qu’il y avait des Français qui cachaient des Juifs dans leurs propres maisons, dans leur propre famille. Nous pouvons raconter Ă nos enfants que dans les colonies les colons n’étaient pas tous des exploiteurs, que beaucoup d’entre eux n’ont jamais exploitĂ© personne et que si le colonialisme Ă©tait un système porteur d’injustice et de violence, beaucoup de Français Ă©taient partis dans les colonies en pensant sincèrement Ĺ“uvrer pour un projet de civilisation. Ils ont bâti des ponts, des hĂ´pitaux, des Ă©coles, ils ont cultivĂ© une terre aride, ils ont travaillĂ© toute leur vie. Et un jour ils n’ont plus eu le choix qu’entre la valise et le cercueil et ils ont dĂ» quitter la terre oĂą ils Ă©taient nĂ©s, cette terre qu’ils aimaient, la maison de leur enfance, le peu de biens qu’ils avaient. Ces femmes et ces hommes, ils mĂ©ritent d’être respectĂ©s. Comme mĂ©ritent d’être respectĂ©s les supplĂ©tifs d’Indochine et les harkis qui ont dĂ» quitter leur pays pour ne pas ĂŞtre Ă©gorgĂ©s parce qu’ils avaient servi fidèlement la France. La France les a abandonnĂ©s. Envers eux elle a une dette qu’elle n’a pas rĂ©glĂ©e. Je veux que cette dette soit rĂ©glĂ©e parce que c’est une dette d’honneur, et une nation ne doit pas transiger avec l’honneur, surtout quand il s’agit de la France. Il fallait en finir avec le dĂ©nigrement de l’histoire de France. Il fallait en finir avec la dĂ©testation des valeurs de la France. La France c’est la laĂŻcitĂ©. La France c’est l’égalitĂ© des droits et des devoirs. La France c’est l’égalitĂ© de l’homme et de la femme. La France c’est la libertĂ© de conscience. La France c’est la libertĂ© d’expression. Ces valeurs ne sont pas nĂ©gociables. Ces valeurs sont au cĹ“ur de notre identitĂ© nationale. Ces valeurs, nul ne peut prĂ©tendre vivre en France sans les respecter. Comme nul ne peut prĂ©tendre vivre en France sans parler le Français, sans respecter les mĹ“urs du pays qui l’accueille. En France la caricature est libre. En France on enseigne Voltaire dans les Ă©coles. En France on ne menace pas de mort les philosophes. En France on ne retire pas une pièce de Voltaire de l’affiche d’un théâtre parce que le directeur a reçu des menaces de mort de la part de groupuscules de fanatiques. En France on ne s’installe pas sans papiers. On ne travaille pas clandestinement en Ă©tant payĂ© au noir. On ne fait pas venir sa famille quand on n’a pas de quoi la loger et quand on n’a pas de quoi la faire vivre avec les revenus de son travail. La France ce n’est pas un pays qui a commencĂ© hier ni avant-hier. Celui qui veut vivre en France doit admettre que l’histoire de la France a commencĂ© bien avant lui. La France c’est deux mille ans de valeurs de civilisation chrĂ©tienne que la morale laĂŻque a incorporĂ©es.Â
La France c’est une RĂ©publique une et indivisible oĂą le communautarisme n’a pas sa place. La France est un pays oĂą nul ne saurait ĂŞtre jugĂ© sur la couleur de sa peau ou sur sa religion. OĂą nul ne saurait ĂŞtre enfermĂ© dans ses origines et dans ses croyances. Le communautarisme c’est le contraire de la RĂ©publique, c’est un enfermement, c’est le champ libre Ă des formes d’apartheid et aux ghettos, c’est la porte ouverte Ă la loi des bandes et des tribus. C’est la sĂ©grĂ©gation et c’est la violence. La France, c’est une nation qui a toujours eu besoin d’un Etat fort qui fasse rĂ©ellement son mĂ©tier et qui, par consĂ©quent, domine les fĂ©odalitĂ©s, les corporatismes, et fasse prĂ©valoir l’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral sur les intĂ©rĂŞts particuliers. L’Etat c’est Philippe le Bel, c’est Richelieu. C’est Louis XIV, c’est NapolĂ©on, c’est Clemenceau, c’est De Gaulle. Depuis 25 ans, au fur et Ă mesure que l’Etat s’alourdissait, se bureaucratisait, s’endettait, son autoritĂ© dĂ©clinait. Depuis 25 ans, alors que l’Etat avait de plus en plus de mal Ă trouver sa place entre la dĂ©centralisation, l’Europe et les marchĂ©s, une idĂ©ologie de l’impuissance publique abaissait la politique en proclamant qu’elle ne pouvait rien Ă rien, que la politique c’était fini, que l’Etat c’était fini, que la RĂ©publique c’était fini, que la nation c’était fini. Depuis 25 ans, en abaissant l’Etat, on a abaissĂ© la politique et laisser monter les corporatismes, les communautĂ©s, les tribus et les bandes. Depuis 25 ans, en abaissant l’Etat, en diminuant son autoritĂ©, en l’appauvrissant, on a abaissĂ© la RĂ©publique, on a mis en pĂ©ril l’unitĂ© de la nation, on a mis en pĂ©ril sa cohĂ©sion. Depuis 25 ans, en faisant de l’Etat une force d’inertie, une force de conservatisme, on a rendu la France immobile parce qu’en France c’est l’Etat qui a toujours Ă©tĂ© le levier du changement et de la modernisation.Â
En France, un Etat fort est la condition nĂ©cessaire de l’ouverture, de la libertĂ©, de la dĂ©centralisation, parce qu’en France l’Etat c’est ce qui protège, c’est ce qui unit, c’est ce par quoi la nation exprime une volontĂ© collective, un projet collectif, ce par quoi elle prĂ©pare l’avenir, ce par quoi elle investit. Une demande de nation, de RĂ©publique, d’Etat, voilĂ ce qu’il y a derrière la demande de politique qui s’est exprimĂ©e tout au long de la campagne, voilĂ ce qu’il y a derrière la demande de France qui s’est ressentie durant toute la campagne. On n’avait pas le droit de parler de la nation, de parler de la RĂ©publique, de parler de l’Etat depuis que l’idĂ©ologie de mai 68 avait pris le pouvoir intellectuel, le pouvoir mĂ©diatique, le pouvoir politique, depuis que l’idĂ©ologie de mai 68 avait imposĂ© sa pensĂ©e unique, son politiquement correct qui interdisait de parler de la nation sous peine d’être traitĂ© de nationaliste, qui interdisait de parler de la RĂ©publique sous peine d’être traitĂ© de jacobin, qui interdisait de parler de l’Etat sous peine d’être traitĂ© d’étatiste et de dirigiste. Je veux pouvoir parler de la nation sans ĂŞtre traitĂ© de nationaliste. Je veux pouvoir parler de la RĂ©publique sans ĂŞtre traitĂ© de jacobin. Je veux pouvoir parler de l’Etat sans ĂŞtre traitĂ© d’étatiste ou de dirigiste. Comme je veux pouvoir parler de la protection sans ĂŞtre traitĂ© de protectionniste. Comme je veux pouvoir parler de l’ordre sans ĂŞtre traitĂ© de conservateur. Comme je veux pouvoir parler de l’autoritĂ© sans ĂŞtre accusĂ© d’autoritarisme. Comme je veux pouvoir parler de la moralisation du capitalisme sans ĂŞtre accusĂ© d’être anticapitaliste. Comme je veux pouvoir critiquer Mai 68 sans ĂŞtre traitĂ© de pĂ©tainiste ; Comme je veux pouvoir parler des problèmes des Français sans ĂŞtre accusĂ© de dĂ©magogie. Comme je veux pouvoir parler au peuple français, comme je veux pouvoir ĂŞtre le porte-parole de ce peuple qu’on veut tenir Ă l’écart de tout, que l’on ne veut plus Ă©couter, que l’on ne veut plus entendre, comme je veux parler au nom de cette France exaspĂ©rĂ©e, de cette France dont la vie est devenue si lourde, si dure, si pĂ©nible, et dont personne ne cherche plus Ă comprendre et Ă partager la souffrance, je veux ĂŞtre le candidat de cette France qui souffre et non celui des appareils, celui des notables, celui des Ă©lites qui prĂ©tendent penser et dĂ©cider Ă la place du peuple.Â
Je veux ĂŞtre le candidat du peuple sans ĂŞtre traitĂ© de populiste. Je veux ĂŞtre le candidat du peuple, non pour dĂ©grader la politique dans le populisme mais pour l’élever en lui donnant cette dimension populaire qui est la seule susceptible de la rendre humaine. Je veux ĂŞtre le candidat du peuple parce que dans une dĂ©mocratie il n’y a pas d’autre lĂ©gitimitĂ© pour la politique que la lĂ©gitimitĂ© populaire. Je ne veux pas rassembler des partis. Je veux rassembler les Français. Je ne veux pas rassembler un camp. Je veux rassembler le peuple français au-delĂ des clivages partisans. Je veux rassembler sur des valeurs et sur des convictions, parce que pour moi les valeurs et les convictions c’est plus important que les Ă©tiquettes. A la coalition hĂ©tĂ©roclite de l’extrĂŞme-gauche, des Verts, des chevènementistes, des communistes, des socialistes, qui voudrait bien s’élargir vers le centre et qui n’est soudĂ©e que par le sectarisme et le sentiment de haine Ă mon Ă©gard qui les anime, je veux opposer, moi, le rassemblement du peuple français. Aux manĹ“uvres d’appareils je veux opposer une certaine idĂ©e de la nation, de la RĂ©publique et de l’Etat. Aux calculs Ă©lectoraux je veux opposer la sincĂ©ritĂ© du sentiment national, de l’amour de la RĂ©publique et du sens de l’Etat. A la haine je veux opposer la fraternitĂ© et le respect de celui qui ne pense pas comme moi, et qui ne vote pas pour moi. Au sectarisme je veux opposer l’ouverture d’esprit et la tolĂ©rance pour des idĂ©es qui ne sont pas les miennes. Je veux dĂ©fendre mes idĂ©es, je veux dĂ©fendre mes convictions, je veux dĂ©fendre mon projet, mais je veux le faire sans haine, sans mĂ©pris, sans arrogance, sans violence. Je veux le faire dignement, poliment, je veux le faire en ayant toujours en tĂŞte qu’il s’agit d’un dĂ©bat entre citoyens d’une mĂŞme nation qui partagent le mĂŞme patrimoine de valeurs universelles, qui sont citoyens de la mĂŞme RĂ©publique, qui n’ont au fond rien de plus prĂ©cieux que cette capacitĂ© Ă vivre ensemble, que ce dĂ©sir de vivre ensemble que leur ont forgĂ© les gĂ©nĂ©rations qui nous ont prĂ©cĂ©dĂ©s.Â
Car il ne faut jamais oublier que ce qui rĂ©unit tous ceux qui croient Ă la nation, Ă la RĂ©publique et Ă l’Etat doit rester plus fort que ce qui les sĂ©pare. Nous ne devons jamais, les uns et les autres, oublier que nous avons en commun une mĂŞme histoire, une mĂŞme culture, une mĂŞme langue, nous ne devons jamais oublier que notre destinĂ©e est commune et que le sort de chacun d’entre nous dĂ©pend du sort de tous. Nous ne devons jamais confondre la politique avec la guerre. Pour aucun Français, un autre Français ne devrait jamais ĂŞtre un ennemi sauf quand il trahit la France, quand il renie son idĂ©al et ses valeurs. Dans la forĂŞt de Fontainebleau, sur le monument Ă la mĂ©moire de Georges Mandel Ă©rigĂ© Ă l’endroit oĂą il fut tuĂ© par la Milice, se trouve gravĂ©e cette simple phrase : « Ici est mort Georges Mandel assassinĂ© par des ennemis de la France », parce que les miliciens français qui l’avaient assassinĂ© Ă©taient devenus des ennemis de la France en se mettant au service de l’occupant et en tuant d’autres Français. Oui, notre capacitĂ© Ă vivre ensemble est notre bien le plus prĂ©cieux et nous avons le devoir de le prĂ©server Ă tout prix. Or, tout le monde le sent bien, la crise d’identitĂ© est si grave, la remise en cause de la RĂ©publique si profonde, l’abaissement de l’autoritĂ© si visible que notre capacitĂ© Ă vivre ensemble, notre capacitĂ© mĂŞme Ă nous supporter sont menacĂ©es. Faute que soit assurĂ©e la transmission d’une culture commune qui permet de se parler et de se comprendre. Faute d’une morale partagĂ©e. Faute d’un minimum de règles, de normes, de codes qui soient communĂ©ment admis et respectĂ©s. Faute que la citoyennetĂ© soit fondĂ©e aussi sur des devoirs et pas seulement sur des droits. Faute de n’avoir pas su endiguer la montĂ©e de la prĂ©caritĂ©, de n’avoir pas su rĂ©tablir le plein emploi. Faute d’avoir su crĂ©er les conditions de la croissance forte, du dynamisme, de l’innovation. Faute de s’être donnĂ© les moyens de nous protĂ©ger contre les excès de la mondialisation, contre la concurrence dĂ©loyale, contre les dumpings sociaux, monĂ©taires, fiscaux, Ă©cologiques, la France est travaillĂ©e par des angoisses, par des peurs qui rendent peu Ă peu les Français ennemis les uns des autres. Quand chacun commence Ă avoir le sentiment qu’il ne peut survivre qu’au dĂ©triment des autres, alors la RĂ©publique se dĂ©fait, la nation s’affaiblit et le spectre de la lutte de tous contre tous commence Ă hanter les esprits et Ă miner la sociĂ©tĂ©. C’est ce qui nous attend si nous continuons comme nous le faisons depuis 25 ans. Si nous continuons avec les mĂŞmes idĂ©es, avec les mĂŞmes objectifs, avec les mĂŞmes comportements, avec les mĂŞmes politiques.Â
J’appelle tous les Français de bonne volontĂ©, tous les Français qui aiment la France et ce qu’elle reprĂ©sente pour les hommes, qui aiment la RĂ©publique et qui se font une haute idĂ©e de l’Etat, Ă s’unir Ă moi pour construire avant qu’il ne soit trop tard une RĂ©publique fraternelle, une RĂ©publique oĂą chacun, mĂŞme le plus humble, le plus fragile, le plus blessĂ© par la vie, le plus dĂ©pendant, le plus souffrant trouvera sa place, une RĂ©publique oĂą chacun quelle que soit sa situation, quelle que soit sa fragilitĂ©, quelle que soit sa faiblesse sera reconnu comme un citoyen Ă part entière. OĂą la personne dĂ©pendante, oĂą la personne atteinte de la maladie d’Alzheimer, oĂą le malade, oĂą celui qui est frappĂ© par la dĂ©pression, oĂą celui qui a tout perdu, oĂą la femme martyrisĂ©e, oĂą la mère qui Ă©lève seule ses enfants, oĂą le fils d’immigrĂ©, oĂą celui qui habite un quartier dit dĂ©favorisĂ©, oĂą celui qui habite dans un canton rural Ă©loignĂ© de tout, oĂą tous pourront jouir d’une pleine citoyennetĂ©, oĂą tous auront droit Ă la considĂ©ration et au respect qui est dĂ», ou qui devrait ĂŞtre dĂ» aux citoyens d’une RĂ©publique comme la nĂ´tre, dans un pays comme le nĂ´tre, qui en mettant la fraternitĂ© au mĂŞme rang que la libertĂ© et l’égalitĂ© a osĂ© dire au monde, comme Antigone : « Je suis nĂ©e pour partager l’amour, non pour partager la haine ». Donner Ă chaque homme le sentiment de sa propre dignitĂ©, tel devrait ĂŞtre le but de toute politique. Voici pourquoi j’ai voulu parler Ă tous les Français et que je veux tous les rassembler parce que tous, Ă mes yeux, ont un rĂ´le Ă jouer, une utilitĂ© sociale, une valeur qui leur est propre. Dans mon esprit, il ne peut y avoir de demi-mesure : respecter l’homme c’est respecter chaque homme sans exception. Permettre qu’en toute circonstance chacun garde l’estime de lui-mĂŞme, voilĂ ma conception de la politique. La fraternitĂ© pour moi ce n’est pas seulement des allocations, ce n’est pas seulement la rĂ©habilitation des immeubles, l’aide aux territoires. La fraternitĂ© c’est d’être avec les personnes. C’est d’être avec les victimes. Mais c’est d’être aussi avec les condamnĂ©s quand les conditions de dĂ©tention sont indignes. C’est d’être aux cĂ´tĂ©s de tous ceux qui ont besoin d’être accompagnĂ©s dans leurs parcours de formation, de logement, d’emploi, d’insertion, d’intĂ©gration. C’est d’être avec les jeunes parents pour les aider Ă Ă©lever leurs enfants. Avec le jeune qui a besoin d’une deuxième chance. Avec l’immigrĂ© qui veut devenir Français. Mais la fraternitĂ© ce n’est pas le refus de lutter contre l’immigration clandestine qui met tant de malheureux Ă la merci des exploiteurs, qui condamne tant de pauvres gens Ă vivre dans des conditions sordides parce qu’il est impossible de pouvoir accueillir dignement toute la misère du monde. A tous ceux qui vivent dans l’angoisse de l’exclusion, du dĂ©classement, qui vivent avec au ventre la peur de ne plus pouvoir loger leurs enfants, de ne plus pouvoir les nourrir, les habiller, je veux leur dire que la France est leur pays, qu’elle a besoin d’eux et qu’elle ne les abandonnera pas. La fraternitĂ© pour moi c’est que les accidentĂ©s de la vie soient secourus. C’est que les malades puissent avoir une vie sociale normale, qu’ils puissent se loger, travailler, emprunter aux mĂŞmes conditions que les autres avec s’il le faut une caution publique. C’est que le plein emploi soit atteint pour que tout le monde puisse travailler, puisse nourrir sa famille, Ă©lever ses enfants. C’est que celui qui travaille dur puisse se loger dĂ©cemment. Je ne veux pas d’une sociĂ©tĂ© oĂą les travailleurs sont si pauvres qu’ils ne peuvent pas se loger. Je ne veux pas d’une sociĂ©tĂ© qui laisse des hommes et des femmes mourir de froid sur le trottoir. C’est pour cela que j’ai proposĂ© le droit opposable Ă l’hĂ©bergement. Je ne veux pas d’une sociĂ©tĂ© oĂą la pauvretĂ© est tolĂ©rĂ©e comme une fatalitĂ©, oĂą le chĂ´mage est supportĂ© comme un mal nĂ©cessaire. On peut atteindre le plein emploi, beaucoup d’autres pays y sont parvenus. Je veux lutter contre la pauvretĂ© et contre le chĂ´mage par la revalorisation du travail, par l’augmentation du pouvoir d’achat, par l’incitation Ă travailler plus pour gagner plus, parce que c’est le travail qui crĂ©e le travail et non les 35 heures. La fraternitĂ© c’est le partage des richesses, pas le partage du travail. Les 35 heures, c’est moins de pouvoir d’achat, moins de croissance, moins d’emplois. A quoi ça sert les 35 heures quand on n’a pas d’argent pour profiter de ses loisirs, quand on n’a pas d’argent pour payer des vacances Ă ses enfants ? La fraternitĂ© pour moi c’est l’égalitĂ© des chances, c’est tout faire pour que chacun puisse dĂ©velopper ses talents, puisse essayer de rĂ©aliser ses ambitions, de rĂ©aliser ses rĂŞves. Si je suis Ă©lu je mettrai en Ĺ“uvre une politique de discrimination positive fondĂ©e non pas bien sĂ»r sur des critères ethniques qui nourriraient le communautarisme, mais sur des critères Ă©conomiques et sociaux, parce que l’égalitĂ© rĂ©publicaine ce n’est pas traiter Ă©galement des situations inĂ©gales mais de donner plus Ă ceux qui ont moins, de compenser les handicaps.Â
Pour bâtir une rĂ©publique fraternelle nous devons faire avant tout reculer la violence dont les plus faibles et les plus vulnĂ©rables sont les premières victimes. A la violence gratuite nous devons opposer la sĂ©vĂ©ritĂ© de la sanction et l’éducation qui donne des repères. Les enfants ont besoin que les professeurs, et les parents soient aussi des Ă©ducateurs. Les parents sont les premiers Ă©ducateurs de l’enfant. La famille joue un rĂ´le dĂ©cisif dans le dĂ©veloppement intellectuel, moral et affectif de l’enfant. Si pour les familles qui ne s’occupent pas de leurs enfants mineurs, qui les laissent traĂ®ner dans la rue, qui les laissent commettre des dĂ©lits, qui ne respectent pas l’obligation de les scolariser, je souhaite que des sanctions soient prises, que la responsabilitĂ© des parents puisse ĂŞtre mise en cause, qu’éventuellement les allocations familiales soient mises sous tutelle, je m’engage aussi si je suis Ă©lu Ă aider les familles qui en ont besoin Ă Ă©lever leurs enfants. Mais pour ĂŞtre de bons Ă©ducateurs nous devons donner l’exemple. Nous n’avons aucune chance d’inculquer le courage Ă nos enfants si nous manquons nous-mĂŞmes de courage.Â
Je me souviens de cette famille Ă la Courneuve qui pleurait la mort d’un petit garçon de onze ans. C’était le jour de la fĂŞte des pères, deux bandes rivales s’affrontaient au pied de l’immeuble, il a pris une balle perdue. C’était le jour oĂą j’ai parlĂ© du Karcher. Je ne regrette rien. Un jour j’ai utilisĂ© le mot « racaille » en rĂ©ponse Ă l’interpellation d’une habitante d’Argenteuil qui dĂ©signait ainsi ceux qui rendaient la vie impossible dans son quartier et qui l’obligeaient Ă vivre dans la peur. On me l’a reprochĂ©. Je ne regrette rien. C’est mĂ©priser la jeunesse que de lui parler par euphĂ©mismes sous prĂ©texte qu’elle ne serait pas capable de regarder la rĂ©alitĂ© en face. Quels Ă©ducateurs serons-nous si les voyous ne peuvent mĂŞme pas ĂŞtre appelĂ©s des voyous ? Et si nous laissons croire Ă nos enfants que tout est permis ? Quels Ă©ducateurs serons-nous pour nos enfants si nous nous laissons aller Ă toutes ces petites lâchetĂ©s qui peu Ă peu ruinent l’autorité ? On m’a reprochĂ© de vouloir sĂ©vir contre les dĂ©linquants. Mais quels Ă©ducateurs serons-nous si nous devenons incapables de punir les dĂ©linquants ? Quels Ă©ducateurs serons-nous si nous cherchons toujours Ă excuser le crime ou le dĂ©lit ? Quels Ă©ducateurs serons-nous si nous fermons les yeux sur toutes les fraudes ? Je veux bâtir une RĂ©publique oĂą les hommes politiques, les fonctionnaires, les juges, les policiers, les patrons, les parents assument leurs responsabilitĂ©s pour que les jeunes comprennent la nĂ©cessitĂ© d’assumer les leurs. On me dit qu’il ne faut pas crĂ©er de tension, qu’il ne faut pas donner de prĂ©texte aux casseurs, qu’il faut Ă tout prix Ă©viter de crĂ©er les conditions de l’affrontement. Veut-on pour cela que la police se dĂ©robe ? Qu’elle ferme les yeux ? Qu’elle laisse les voyous libres d’agir ? Qu’elle n’interpelle pas les fraudeurs ? Comment allons-nous Ă©lever nos enfants ? Quelle Ă©ducation allons-nous leur donner ? Quelles valeurs allons-nous leur transmettre si nous acceptons l’idĂ©e que toute prĂ©sence policière est une provocation ?Â
Si nous interdisons aux policiers de poursuivre des dĂ©linquants de peur qu’il leur arrive un accident ? Si le fait d’être mineur excuse tout ? Si nous laissons le petit voyou devenir un hĂ©ros dans son quartier faute de sanction susceptible de faire rĂ©flĂ©chir ceux qui seraient tentĂ©s de l’imiter ? Si l’on tolère les petits trafics grâce auxquels l’adolescent gagne davantage que son père qui travaille Ă l’usine ? On me reproche d’exciter la colère. La colère de qui ? La colère des voyous ? Des trafiquants ? Mais je ne cherche pas Ă ĂŞtre l’ami des voyous. Je ne cherche pas Ă ĂŞtre populaire parmi les trafiquants et les fraudeurs. Et je dis qu’un PrĂ©sident de la RĂ©publique qui ne veut pas regarder en face le problème de l’insĂ©curitĂ©, qui ne veut pas regarder en face le problème de la violence et dont la seule prĂ©occupation est de ne pas faire de vague, je dis que celui-lĂ est un dĂ©magogue et un irresponsable parce que le rĂ´le d’un PrĂ©sident de la rĂ©publique c’est d’abord de veiller Ă l’application de la loi et de protĂ©ger les honnĂŞtes gens.Â
A la violence qui vient de ce que l’on n’a ni les mots, ni les moyens de comprendre et d’exprimer ses sentiments, nous devons rĂ©pondre par la culture et par l’effort sur soi-mĂŞme qu’elle appelle. Je me souviendrai toujours de ce jeune de banlieue qui me disait : « Ce n’est pas avec l’école, ce n’est pas avec le sport que nous avons un problème, c’est avec l’amour. » Ne pas ĂŞtre en mesure de trouver les pensĂ©es, les mots, les gestes de l’amour, il n’y a rien de pire, rien qui incite plus Ă la violence contre l’autre ou contre soi-mĂŞme. Qu’avons-nous d’autre pour rĂ©pondre Ă ce cri angoissĂ© d’une jeunesse dĂ©semparĂ©e par ses propres sentiments, par ses propres pulsions, sinon la littĂ©rature, la poĂ©sie, l’art, la philosophie. La culture n’a jamais Ă©tĂ© une garantie contre la barbarie, contre la bestialitĂ©, mais elle est la seule chose que nous ayons Ă leur opposer. Quand nous donnerons accès aux grandes Ĺ“uvres de l’esprit Ă tous les enfants et plus seulement Ă quelques-uns, quand tous les enfants devenus adultes pourront Ă©crire Ă leur ancien instituteur : « Merci, Monsieur, de m’avoir rendu curieux de ce qui est beau », alors j’en suis sĂ»r il y aura moins de brutalitĂ©, moins de sauvagerie, moins de violence et notamment moins de violence faite aux filles. Mais il y a aussi dans la sociĂ©tĂ© une violence qui vient du sentiment d’injustice. Il ne faut pas sous estimer le dĂ©sespoir d’une jeunesse condamnĂ©e Ă vivre moins bien que ses parents, dont les diplĂ´mes ne valent rien sur le marchĂ© du travail, qui est obligĂ©e de vivre chez ses parents parce qu’il n’y a pas d’emploi pour elle, dont les rĂŞves se brisent sur le chĂ´mage et sur l’impossibilitĂ© d’acquĂ©rir une indĂ©pendance financière. Il faut s’inquiĂ©ter de cette rancĹ“ur qui s’accumule dans une jeunesse qui se sent victime de discrimination, qui Ă©prouve le sentiment que la couleur de sa peau ou le quartier oĂą elle habite comptent plus que ses qualifications et ses compĂ©tences. Il faut s’inquiĂ©ter de la colère qui grandit contre une RĂ©publique qui ne tient pas ses promesses d’égalitĂ© et de fraternitĂ© vis-Ă -vis de ceux qui ont cru Ă la rĂ©compense du mĂ©rite et de l’effort.Â
Nous devons apporter une rĂ©ponse Ă tous ceux qui souffrent des blocages de notre sociĂ©tĂ© et qui ont le sentiment que quoiqu’ils fassent, ils ne pourront jamais s’en sortir. Pour que la RĂ©publique soit respectĂ©e il faut qu’elle soit irrĂ©prochable, qu’elle inscrive ses principes dans la rĂ©alitĂ© et pas simplement sur ses monuments, Mais pour que la RĂ©publique fraternelle devienne une rĂ©alitĂ©, pour que l’Etat soit de nouveau respectĂ©, pour qu’il ait de nouveau une autoritĂ©, une lĂ©gitimitĂ©, une crĂ©dibilitĂ©, il faut que l’Etat protège et non qu’il soit dans la sociĂ©tĂ© le cheval de Troie de toutes les menaces.Â
Je veux être le Président d’une France qui comprenne que l’Europe est la seule chance pour éviter la mort d’une certaine idée de l’homme, pour que cette idée demeure vivante dans le dialogue des civilisations et des cultures Et je veux le redire ici, à Montpellier : je veux être le Président d’une France qui fera comprendre à l’Europe que son avenir, son destin même, se trouve en Méditerranée. Je veux être le Président d’une France qui engagera la Méditerranée sur la voie de sa réunification après douze siècles de division et de déchirements. Jamais peut-être n’a-t-il été aussi nécessaire, aussi vital pour l’Europe et pour le monde d’engager la construction de la Méditerranée comme fut engagée il y a plus d’un demi-siècle la construction européenne. Car à cet endroit et à ce moment précis où le choc des civilisations devient une menace réelle pour l’humanité, là , autour de cette mer baignée de lumière où depuis deux mille ans la raison et la foi dialoguent et s’affrontent, là sur ces rivages où l’on mit pour la première fois l’homme au centre de l’univers, là se joue une fois encore notre avenir. Là si nous n’y prenons garde les valeurs communes à toutes les civilisations dont nous sommes les héritiers perdront la bataille de la mondialisation. Dans le monde se dessinent de vastes stratégies continentales qui enjambent les hémisphères. Entre le continent américain d’un côté et l’Asie de l’autre, la géographie de la mondialisation pousse l’Europe à imaginer une stratégie euro-africaine dont la Méditerranée sera fatalement le pivot. Moyen-Orient et de l’Afrique. Que tous nos regards se soient tournés exclusivement vers le Nord et vers l’Est, que le Sud ainsi fût oublié intellectuellement, culturellement, moralement, politiquement, économiquement, que la Méditerranée cessât d’être un lieu d’où jaillissait pour nous la richesse, la culture et la vie, qu’elle cessât de représenter une promesse pour ne plus constituer qu’une menace, n’est pas pour rien dans la crise d’identité et la crise morale que nous traversons. Il faut dire les choses comme elles sont : en tournant le dos à la Méditerranée, l’Europe et la France ont cru tourner le dos au passé. Elles ont en fait tourné le dos à leur avenir. Car l’avenir de l’Europe est aussi au sud. Le rêve européen a besoin du rêve méditerranéen. Il s’est rétréci quand s’est brisé le rêve qui jeta jadis les chevaliers de toute l’Europe sur les routes de l’Orient, le rêve qui attira vers le sud tant d’empereurs du Saint Empire et tant de rois de France, le rêve qui fut le rêve de Bonaparte en Egypte, de Napoléon III en Algérie, de Lyautey au Maroc. Ce rêve qui ne fut pas tant un rêve de conquête qu’un rêve de civilisation. C’est dans la perspective de cette Union Méditerranéenne qu’il nous faut envisager les relations de l’Europe et de la Turquie. C’est dans la perspective de cette Union Méditerranéenne qu’il nous faut repenser ce qu’on appelait jadis la politique arabe de la France, C’est dans la perspective de cette Union Méditerranéenne qu’il nous faut approcher le problème de la paix au Moyen-Orient et chercher une issue au conflit israélo-palestinien. A tous les peuples de la Méditerranée qui passent leur temps à ressasser le passé et les vieilles haines de jadis, je veux dire ce soir que le temps est venu de regarder vers l’avenir. Ce que dans mon esprit la France doit faire chez elle est exactement la même chose que ce qu’elle doit faire en Méditerranée. C’est le même rêve de civilisation qu’elle doit incarner au-dedans et au dehors. Comment pourrions nous faire pour les autres ce que nos ne pourrions pas faire pour nous même ? Beaucoup d’entre vous sans doute se souviennent du beau poème de Victor Hugo sur l’enfant grec de l’île de Chio ravagée par la guerre, qu’on apprenait jadis à l’école. Rappelez-vous : « Ami, dit l’enfant grec, dit l’enfant aux yeux bleus, je veux de la poudre et des balles. » Quand l’enfant grec cessera de détester l’enfant turc, quand l’enfant palestinien cessera de haïr l’enfant juif, quand l’enfant chiite cessera de maudire le sunnite, quand l’enfant chrétien tendra la main à l’enfant musulman, quand l’enfant algérien ouvrira les bras au Français, quand l’enfant serbe deviendra l’ami du Croate, la Méditerranée redeviendra le plus haut lieu de la culture et de l’esprit humain et elle pèsera de nouveau sur le destin du monde. Les enfants ne sont pas condamnés pour l’éternité à la vengeance et à la haine. Je rêve qu’un jour tous les fils dont les familles sont françaises depuis des générations, tous les fils de rapatriés et de harkis, tous les fils d’immigrés, tous les petits-fils d’Italiens, de Polonais et de Républicains espagnols, tous les enfants catholiques, protestants, juifs ou musulmans qui habitent ce pays qui est le leur puissent partager la même fierté d’être Français, les mêmes rêves et les mêmes ambitions, qu’ils aient le sentiment, qu’il n’ont pas toujours aujourd’hui, de vivre dans le même pays avec les mêmes chances et les mêmes droits. Il nous reste deux jours. Deux jours pour liquider l’héritage de mai 68. Deux jours pour renoncer au renoncement. Deux jours pour que jaillisse des tréfonds du pays une énergie nouvelle. Deux jours pour que se lève le grand mouvement populaire qui emportera tous les obstacles, toutes les hésitations, toutes les peurs, toutes les angoisses par-dessus la pensée unique, par-dessus le politiquement correct, qui libérera la pensée, qui libérera l’action. Il nous reste deux jours pour que soient créées les conditions du renouveau. Deux jours pour que le doute soit vaincu. Deux jours pour que tout devienne possible. Deux jours pendant lesquels j’ai besoin de votre ardeur, de votre enthousiasme.
Vive la RĂ©publique ! Vive la France !Â